Dossiers de la franchise

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Financeur, géomarketeur, expert-comptable : les trois piliers d’un projet solide

Au regard de l’investissement parfois requis, ouvrir une franchise est une décision qui mérite d’être préparée rigoureusement. Idéalement en s’entourant de professionnels dont les regards croisés viennent objectiver votre analyse. Pourtant, trop de candidats abordent encore leur projet en s’appuyant sur le seul franchiseur par souci d’économies voire par négligence. C’est pour y remédier que nous avons interrogé trois experts aux compétences complémentaires : un spécialiste du financement, un consultant en géomarketing et une expert-comptable. Trois regards distincts, trois moments-clés dans la vie d’un projet mais un même objectif : vous permettre de vous engager comme candidat en limitant vos angles morts. De la structuration du plan de financement à l’analyse du territoire, en passant par la lecture critique du prévisionnel, cet article vous donne des clés pour savoir quand les solliciter et quoi précisément attendre de leur part.

Un contexte en tension qui requiert l’intervention des experts

Face au durcissement des conditions de financement, à la progression des coûts d’investissement et à l’érosion des marges, sous-estimer la complexité du montage financier et la préparation de votre dossier peut s’avérer fatal. Raison de plus pour recourir à des experts.

Quelques chiffres : 2 035 réseaux de franchise [1] 93 395 points de vente franchisés [1] 35 ans d’âge moyen à l’ouverture du 1er point de vente [2] 35% des franchisés n’auraient pas créé leur entreprise sans la franchise [2] 85% des candidats sont d’anciens salariés [3] Près d’1 franchisé sur 2 estime qu’être franchisé a favorisé l’octroi d’un crédit [2] [1] Fédération française de la franchise [2] 21ème Enquête de la Franchise Banque Populaire [3] 22ème Enquête de la Franchise Banque Populaire

Un « combo perdant » pour les porteurs de projet

Les franchiseurs sont les premiers à le constater sur le terrain : les apports demandés augmentent et les investissements initiaux (capex) progressent, quand la hausse des coûts (énergie, matières premières) comprime les marges d’exploitation. Un « combo perdant » sur lequel alerte Benoît Fougerais, spécialiste du financement en franchise et récent lauréat du Ruban d’argent au Salon de la Franchise.

Pourtant les banques n’ont jamais cessé de prêter : elles en ont structurellement besoin, car la majorité de leurs revenus proviennent des intérêts des prêts. Elles exigent simplement que les dossiers soient bien complets, structurés, et épaulés par des financeurs extra-bancaires.

Des banques qui changent de visage

Au-delà de la conjoncture, les établissements bancaires traversent une transformation structurelle qui affecte directement les candidats à la franchise. Les conseillers disposant d’une bonne expérience et de pouvoirs de délégation élargis se raréfient, en raison d’une pyramide des âges vieillissante.

Parallèlement, les dossiers ne se traitent plus en agence de proximité mais dans des pôles spécialisés, moins accessibles et demandant des apports supérieurs. Conséquence : un dossier incomplet ou un montage financier insuffisamment diversifié, a peu de chances d’obtenir une réponse favorable, indépendamment de la solidité intrinsèque du projet.

N’hésitez pas à soumettre votre projet à un spécialiste du financement en franchise : il vous dira si votre dossier est finançable en l’état ou comment le renforcer.

Le financement mixte : l’art de ne pas tout demander à la banque

Face à des banques plus sélectives, les montages doivent élargir leurs sources de financement. D’où le recours croissant aux intermédiaires spécialisés.

Mixer les sources pour réduire la dette bancaire

En mixant votre projet de financement, vous augmentez vos chances de succès auprès d’une banque puisque vous lui en demandez moins. Concrètement, pour un projet nécessitant 500 000 euros, vous pouvez ramener la tranche bancaire à 300 000 euros en mobilisant quatre canaux complémentaires : le crédit-bail (leasing) pour les équipements, les aides et subventions publiques, le financement participatif, que les banques considèrent désormais comme du quasi-fonds propre, et les obligations à bons de souscription en actions (OBSA) portées par le fonds interne du franchiseur.

Ce dernier levier mérite une attention particulière. Car lorsqu’un franchiseur investit un ticket de 30 000 à 50 000 euros en OBSA - avec un remboursement différé et un taux d’intérêt limité à 5 %, il envoie un signal fort aux banques sur la solidité du modèle et allège d’autant la dette du franchisé. « Les banques prêtent toujours, c’est juste qu’elles ne veulent plus être toutes seules. Si la tranche bancaire, qui reste principale, est mixée avec d’autres canaux, vous diminuez la dette bancaire mais aussi l’apport personnel. Et vous élargissez le bassin de candidats éligibles », relève Benoît Fougerais, spécialiste du financement en franchise, fondateur de FM Lending et expert auprès de la FFF et de la FCA.

Un intermédiaire qui « calibre » le dossier

Au-delà de la diversification, la valeur ajoutée d’un intermédiaire spécialisé tient à la qualité des montages qu’il propose : un dossier correctement structuré et équilibré fait gagner du temps et obtient de meilleures conditions. « Comme les banques manquent de ressources en interne pour instruire les dossiers complexes, elles apprécient d’externaliser une partie du process. »

Un autre avantage souvent méconnu de l’extra-bancaire, pour les projets significatifs, est d’éviter de recourir à un pool entre deux établissements. Ainsi, la banque restante conserve 100 % des flux du franchisé, ce qui représente un argument de poids dans la négociation.[n1]

Accompagner dans la durée : le suivi de trésorerie

Certains intermédiaires en financement accompagnent également le franchisé dans le pilotage de sa trésorerie. Avec les outils d’open banking, ils se connectent à ses flux réels, établissent un prévisionnel glissant sur douze mois et le confrontent aux projections de l’expert-comptable. Une approche en temps réel, complémentaire au bilan annuel, qui aide à proposer des actions correctives.

« En optimisant le montage, puis en relayant l’amélioration de la situation à l’animateur et au développeur du réseau, nous avons même permis à des clients franchisés d’ouvrir une nouvelle unité ! », assure l’expert. Une perspective qui vaut la peine d’être anticipée au moment de s’engager.

Demandez à votre conseil en financement une simulation de « plan de financement mixte » pour votre projet : il vous donnera une vision claire de ce que vous pouvez réellement emprunter, et à quelles conditions.

Le géomarketeur : quand la carte devient un outil de décision

Bien que déterminante, l’expertise d’un géomarketeur reste relativement négligée par les candidats. Une erreur qui peut coûter cher.

L’étude d’implantation : trop souvent sollicitée après la signature

Contrairement à l’expert-comptable ou à la banque, dont le recours est perçu comme allant de soi, les candidats ont tendance à remettre cette prestation à plus tard, ou pensent que leur franchiseur va s’en charger. Ainsi de nombreux candidats contactent Thomas Marie, expert du géomarketing, fondateur du cabinet Epsimas. après avoir signé leur bail. Or c’est en amont que l’étude d’implantation prend tout son sens, puisqu’elle doit valider ou infirmer l’adéquation entre le concept et l’adresse envisagée, et non simplement l’adresse en soi.

Financeur, géomarketeur, expert-comptable : les trois piliers d’un projet solide

Ci-dessus Thomas Marie, du cabinet Espimas.

Le risque est que les flux nécessaires au fonctionnement de concept ne soient pas au rendez-vous « par exemple un restaurant situé dans une zone industrielle, mais qui ne parviendrait pas à capter les actifs pendant la pause déjeuner. C’est une erreur que seule une analyse rigoureuse effectuée suffisamment tôt permet d’éviter. A défaut, cette négligence pourrait bien générer un problème de trésorerie », prévient le professionnel.

L’étude fournie par le franchiseur : utile, mais pas suffisante

Certains réseaux fournissent leur propre étude de zone dans le cadre d’une approche « clé en main ». L’initiative est bonne, à condition que le travail soit suffisamment maîtrisé et objectif. Si les grands réseaux disposent de ressources internes ou d’outils spécialisés pouvant produire des analyses fiables, ce n’est pas le cas des jeunes enseignes, pour qui externaliser cette prestation est préférable.

L’avantage d’un consultant externe, c’est son absence de biais. « Il n’a aucun intérêt à valider un emplacement dans l’espoir accélérer un recrutement. Son regard extérieur est, en soi, une garantie d’objectivité que le franchiseur, aussi bien intentionné soit-il, ne saurait offrir », plaide Thomas.

Les pièges d’interprétation les plus fréquents

Les candidats confondent souvent densité de population et potentiel commercial réel. Pourtant, une zone densément peuplée n’offre pas systématiquement un large bassin de clients potentiels : tout dépend du profil démographique de la population (CSP, tranches d’âge, revenus médians, mobilités...), de la densité concurrentielle rapportée au nombre de cibles effectives, et du comportement d’achat réel de cette cible.

Un autre signal d’alerte sous-estimé est le taux de survie des établissements similaires dans la zone visée. « Si des concepts proches se sont succédé sans parvenir à s’installer durablement, sans qu’aucun changement structurel n’ait modifié la zone, alors la question mérite d’être posée frontalement.»

Le métier de Thomas Marie est de partir du comportement de la clientèle-cible pour dégager les hypothèses de chiffre d’affaires les plus réalistes possible. « Les autres conseils raisonnent plus largement, sur la base de moyennes, ce qui est normal, chacun son métier. Mais la carte n’est pas le territoire, et je pense que le géomarketeur est celui qui comprend le mieux le territoire”, conclut le praticien.

Avant de vous engager sur un local et même si votre franchiseur vous fournit une étude d’implantation, faites la vôtre en toute indépendance. Son coût est sans commune mesure avec celui d’un mauvais choix d’emplacement !

L’expert-comptable : le gardien des équilibres économiques

Souvent perçu comme une formalité bancaire, le prévisionnel financier est au contraire l’outil le plus révélateur d’un projet. À condition de savoir ce qu’on y cherche, et d’éviter quelques pièges assez classiques.

Le BFR, ce grand oublié du plan de financement

Selon Olga Romulus,expert-comptable spécialisée en franchise, Directrice des Relations Extérieures de Fiducial et membre du Collège des Experts de la FFF, le besoin en fonds de roulement (BFR) est l’un des principaux écueils dans le financement d’une franchise. « Chose peu connue, il y a deux BFR différents en valeur et en modalités : le BFR de démarrage qui est nécessaire pour armer le stock initial de préouverture ; et le BFR d’exploitation, récurrent et lié au modèle économique de l’enseigne. Ainsi pour un franchisé en épicerie, les deux diffèreront radicalement en volume comme en logique de financement », explique-t-elle.

C’est là où il peut y avoir maldonne dans la compréhension du financement. Sachant que le BFR n’est pas financé par les banques , d’où l’importance de sa prise en charge par d’autres leviers : apport personnel, étalement du règlement du stock initial négocié avec le franchiseur, autorisation de découvert préventive, ou clause de ducroire via la centrale d’achat. Autant de solutions qui se négocient en amont et jamais dans l’urgence.

Ce qu’un bon prévisionnel doit révéler

Un business plan bien construit ne projette pas simplement un chiffre d’affaires : il valide l’adéquation entre le lieu d’implantation, le concept et les principaux repères économiques (loyer, taux de marge, point mort...) Il identifie également l’atteinte du point d’équilibre , 12, 18 ou 24 mois après l’ouverture. Une donnée que le franchiseur peut estimer par son expérience, mais que seul le prévisionnel permet de quantifier pour chaque emplacement.

Notre expert-comptable insiste par ailleurs sur l’importance de raisonner non pas année par année mais en cumulé sur les trente-six premiers mois. « Après avoir essuyé des pertes en année 1, le franchisé peut très bien être bénéficiaire en année 2. Mais pour que le cumul soit globalement positif, il doit réitérer cette performance en année 3 pour compenser le premier exercice. Faute de quoi, la pérennité de son exploitation est menacée. »

Les ratios transmis par le franchiseur : utiles mais sensibles à manier

Généralement les réseaux communiquent des ratios de performance à leurs candidats : taux de marge, chiffre d’affaires moyen, horizon de rentabilité... S’ils donnent un ordre de grandeur, ils peuvent être trompeurs. Par exemple le taux de marge théorique élude certains phénomènes terrain comme la péremption des produits, le surstockage et démarque inconnue. Cette réalité opérationnelle peut créer des écarts significatifs au sein d’un même réseau.

Pour aller plus loin, la représentante de Fiducial recommande de « demander au franchiseur des indicateurs de gestion sur les trois premières années de vie d’un jeune point de vente — plus représentatif que les moyennes réseau. Et si les comptes de franchisés ne sont pas disponibles chez le franchiseur, n’hésitez pas à les consulter sur Pappers s’ils ont été déposés. »

Lors de l’élaboration de votre prévisionnel, demandez à votre expert-comptable de simuler trois scénarios (prudent, médian, optimiste) et de pointer explicitement les postes où la marge d’erreur est la plus forte.

Alors qui appeler, quand, et dans quel ordre ?

Conseil en financement, géomarketeur, expert-comptable : ces trois experts se relaient à des moments précis de votre projet. Comprendre leurs rôles respectifs et leur chronologie d’intervention, c’est aussi franchir un cap décisif dans votre préparation.

Une logique de séquencement, pas de hiérarchie

La question « Qui dois-je appeler en premier ? » n’a pas de réponse universelle. Mais pour Olga Romulus la priorité va au banquier. Car s’il a préalablement référencé votre future enseigne, il dispose d’une première appréciation de son modèle économique. En deuxième position vient le géomarketeur, car le prévisionnel construit par l’expert-comptable s’appuie sur les hypothèses d’activité modélisées dans l’étude de marché / d’implantation.

Quid de l’avocat ? Souvent cité parmi les conseillers naturels des candidats, il intervient en réalité à la fin – une fois que votre projet est validé sur le fond. Rappelons que le contrat de franchise est un contrat d’adhésion : avant même de négocier ses clauses, le candidat - même néophyte, doit s’assurer qu’il le comprend intégralement. A contrario, voyez-y un signal défavorable.

Dans l’ordre, le candidat doit 1/ comprendre le contrat, 2/ valider la faisabilité du projet, 3/ Et discuter ce qui peut l’être sur le plan du droit. Le contrat suit le projet, il ne le précède pas.

Des regards distincts sur une même réalité

Ce qui distingue fondamentalement ces trois expertises, c’est leur niveau de précision et leur objet. Le banquier et l’expert-comptable raisonnent à partir de moyennes et de ratios sectoriels, des outils puissants mais devant se connecter à la réalité du terrain. Le géomarketeur, lui, part du comportement réel de la clientèle-cible d’une zone définie pour construire des hypothèses de CA réalistes.

C’est précisément cette complémentarité qui fait la force d’un accompagnement bien orchestré : chaque expert voit ce qui peut échapper aux autres. Et pour un candidat issu du salariat peu rompu à la démarche, en prendre conscience "décomplexe" le fait d’investir dans leurs prestations.

Le rôle croissant des outils digitaux et de l’IA

Nos trois experts s’accordent sur un point : la transformation digitale redistribue les cartes dans leurs métiers respectifs. En financement, l’open banking permet un suivi de trésorerie en temps réel, là où le bilan annuel ne donnait qu’une photo du passé. En géomarketing, les outils algorithmiques affinent l’analyse des zones, tandis que l’IA générative ouvre des perspectives nouvelles — comme l’analyse sémantique des avis clients en ligne pour enrichir la compréhension d’un territoire concurrentiel. Et en expertise-comptable, les nouvelles générations de collaborateurs intègrent progressivement ces technologies dans leur pratique.

Mais si ces outils fertilisent l’expertise, ils ne la remplacent pas : aucun simulateur en ligne, si sophistiqué soit-il, ne remplace le dialogue avec un expert qui connaît son sujet. Et aucun rapport généré par outil ne saurait être envoyé au client sans une revue humaine.

Dressez votre « tour de table » d’experts dès les premières semaines de votre réflexion : un intermédiaire en financement référencé en franchise, un cabinet géomarketing indépendant, un expert-comptable familier du secteur. Ces trois regards croisés sont votre meilleure assurance avant de signer.

Conseil en financement, géomarketeur, expert-comptable sont trois professionnels complémentaires dont l’intervention, séquencée et coordonnée, forme la colonne vertébrale d’un projet de franchise bien préparé. Dans un contexte où les conditions d’accès au crédit se durcissent et où les erreurs de montage se paient cash, les solliciter suffisamment tôt devient un facteur clé de réussite.

Aisément accessibles, leur coût est sans commune mesure avec les sommes engagées dans un projet de franchise. L’enjeu n’est donc pas de savoir si on peut se les offrir, mais de comprendre qu’on ne peut pas se permettre de s’en passer.

Pour compléter votre information, découvrez :

Nicolas Coutel
Conseil éditorial - rédacteur
Nicolas Coutel

Conseil éditorial depuis 2017, Nicolas Coutel dispose de quinze ans d’expérience en marketing et communication - dont 10 ans chez Mazars où il a contribué au développement d’une offre de service à destination des réseaux de franchise.

C’est sur cette base qu’il décide de créer son activité, pour se consacrer à l’écriture de contenus pour les enseignes et leur écosystème de conseils.

Titulaire d’une maîtrise en droit public, Nicolas est également diplômé du programme Grande Ecole de Neoma Reims et d’un Master 2 en Sciences de gestion. Féru de développement personnel, il est aussi titulaire d’un certification en coaching professionnel.

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