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Se lancer en franchise : ce que les candidats oublient encore trop souvent de regarder

Chaque année la franchise continue d'attirer milliers de candidats. Cadres et salariés en reconversion pour une bonne partie, ils sont séduits par la promesse d'un cadre rassurant, d'un concept éprouvé et d'un accès facilité à l'entrepreneuriat. Un bon compromis entre indépendance et sécurité, dans un contexte économique incertain. Toutefois derrière des perspectives attrayantes véhiculées par les enseignes ou les médias, la réalité quotidienne d'un franchisé est plus exigeante qu'il n'y paraît. Tâches parfois ingrates, charge mentale, exposition financière, responsabilité juridique, work life balance... sont autant de dimensions encore trop souvent sous-estimées au moment de se lancer. Associé des cabinets Franchise Board et Axe Réseaux, Clément Trochu accompagne depuis plusieurs années des réseaux de tous secteurs et leurs franchisés. Son expérience de terrain l’amène à un constat lucide : les projets qui échouent ou génèrent des regrets pêchent avant tout par manque de préparation. Décryptage des principaux angles morts que les candidats devraient avoir en tête, avant de franchir le pas.

Se lancer en franchise : ce que les candidats oublient encore trop souvent de regarder

Le mythe du "concept coup de cœur" face à la réalité du métier

Ouvrir une franchise commence fréquemment par une attirance pour un secteur, un univers. Mais s’il est compréhensible, ce parti-pris peut aussi s’avérer un piège.

Quelques chiffres : 2 089 réseaux de franchise [1] - 90 588 points de vente franchisés [1] - Le top 3 des secteurs en CA : Alimentaire (30,28 Mds €), Restauration rapide (10,39 Mds €) et Commerces divers (9.76 Mds €)-[1] - 33% des Français aimeraient créer leur entreprise, dont 52% en franchise [2] - 66% des porteurs de projets entrepreneuriaux âgés de 18-34 ans aimeraient le faire en franchise- [2] - 76% des candidats sont d’anciens salariés [2] - 35 ans d’âge moyen d’ouverture du premier point de vente [2] / [1] Fédération française de la franchise [2] 21ème Enquête de la Franchise Banque Populaire

Une filière idéalisée, parfois à l'excès

Certains secteurs en franchise sont portés par des success stories et une image sociale valorisante. « Beaucoup de candidats ont le réflexe du "concept coup de cœur", notamment en restauration, en boulangerie, ou encore dans l’immobilier. Ces environnements sont un peu idéalisés en raison de leur exposition médiatique et portés par le succès de certaines émissions TV. Ce coup de coeur émotionnel pour le concept - élément central dans la prise de décision d'un candidat - doit être contrebalancé par des immersions terrain au sein de l'enseigne », observe Clément Trochu.

Le risque est que l'image du métier prenne le pas sur sa réalité opérationnelle. Car être attiré par un produit ou un univers ne préjuge en rien de votre appétence pour l’exploitation de ce concept au quotidien, et pour l’entrepreneuriat plus globalement.

Savoir gérer plus que produire

Contrairement à l’idée reçue, un franchisé est avant tout là pour appliquer le savoir-faire métier de son enseigne. « La codification des recettes et process fait que, par exemple, vous n'ouvrez pas un restaurant pour cuisiner, mais pour gérer un compte d'exploitation », poursuit Clément. Concrètement vous passerez un temps conséquent à manager votre équipe, réaliser votre suivi administratif, mener des campagnes de communication locale ou encore piloter vos indicateurs de performance.

Des facettes du métier parfois moins gratifiantes que la production elle-même, mais qui sont au cœur du quotidien d'un patron de TPE. « Artisanat, producteur, chef d'entreprise : surtout, ne confondez pas les trois ! », résume l’expert.

L'importance du parcours de découverte

Le franchiseur a aussi sa part de responsabilité et il doit confronter le candidat au réel en lui proposant un parcours de recrutement sérieux. « Aujourd’hui, la plupart prévoient une journée d’immersion, un "vis-ma-vie". Car c’est le réel assumé qui fait réussir. Les images d’Epinal, elles, ne vous rendront jamais service », insiste notre témoin.

L’autre précaution, c’est d’échanger avec des opérateurs terrain, des franchisés du réseau, et pas uniquement avec les développeurs. Car ces derniers restent, faut-il le rappeler, avant tout des commerciaux.

Avant de succomber à un concept, interrogez-vous sur votre appétence pour les tâches quotidiennes d’un chef d’entreprise. Car si la franchise vous fait monter en compétences, elle n’efface pas certaines contraintes et l’engagement de votre responsabilité.

Retrouvez des exemples de secteurs porteurs en franchise.

Changer de statut : une bascule souvent sous-estimée

La franchise attire de nombreux cadres en quête de sens ou d'autonomie. Mais passer du statut de salarié à celui de franchisé implique une bascule plus profonde qu’ils ne l’imaginent.

La fin des certitudes du salariat

Clément Trochu l’exprime très bien : « En tant que franchisé, vous endossez un nouveau statut. Mais cela ne va pas sans déconstruire quelques certitudes ». Fini le cadre protecteur du salariat, l’accès à des fonctions support groupe ou la possibilité de vous concentrer sur un périmètre restreint lié à votre mission. En tant que franchisé, vous assumez seul la performance de votre entreprise et cette réalité est parfois mal anticipée par les profils en reconversion. Certains réduisent également l’aventure à un simple placement financier, l’illusion étant parfois entretenue par le franchiseur lui-même. Mais c'est rarement le cas. « La performance de votre unité s'explique davantage par vos qualités d'exploitant et votre implication dans la réitération locale du modèle. »

Du stratégique au très opérationnel

Un cadre d’assez haut niveau, parfois ex-membre d’un codir ou comex, peut se retrouver confronté à une réalité brutale : suppléer l’absence d'un salarié, gérer un imprévu, calmer un client mécontent... « C’est comme chez McDo, si un collaborateur ne vient pas un matin, quel que soit son poste, vous pouvez être amené à mettre le tablier. C’est comme ça », illustre le praticien.

Sachant que le modèle économique de nombreux concepts ne permet pas toujours, surtout au démarrage, de recruter des collaborateurs pour suppléer le franchisé exploitant. En tant que tel, vous serez au cœur de l’opérationnel sans pouvoir "refiler la patate chaude" à un subalterne.

Rentabilité et temps investi

La rentabilité affichée d’un concept doit être corrélée à votre investissement effectif dans votre point de vente, à l’ huile de coude que vous y mettez. Car certains modèles très performants exigent un effort intense les premières années, parfois jusqu'à 70 heures par semaine, voire davantage. Tout dépend aussi de votre environnement personnel et de la qualité de vie recherchée.

Un rythme de travail intense, les soucis managériaux et la gestion d’imprévus peuvent perturber, et même avoir raison de votre équilibre personnel. Même si, à terme, vous pouvez en tant que franchisé compter sur des éléments de rémunération indirects (ou avantages sociaux) et surtout, caresser l’espoir d’une belle valorisation de votre fonds de commerce.

Au-delà des seules projections financières ou d’un changement de statut, vous lancer en franchise implique une transformation profonde de votre rôle, de vos responsabilités et de votre rythme de vie.

Franchiseur et franchisé : un partenariat, pas une délégation

Le cadre structuré de la franchise peut parfois nourrir une illusion : celle d'un franchiseur qui ferait « tout à la place » du franchisé. Une méprise fréquente.

La franchise n'est pas une gestion déléguée

La franchise, ce n'est pas la panacée où le franchiseur fera tout à votre place. « Si c’était le cas, l'enseigne n'aurait pas besoin de franchisés, et elle développerait uniquement des succursales. », pointe Clément Trochu.

La formule repose sur une répartition claire des rôles : le franchiseur conçoit, teste et améliore le modèle par un effort d’innovation continue. Le franchisé applique localement le concept et il en porte la responsabilité opérationnelle. « C'est plutôt un sport d'équipe où chacun a son rôle et sa raison d'être », poursuit-il.

Comprendre le compris / non compris

Toutes les franchises ne proposent pas le même niveau de services. D'où l'importance de bien comprendre les apports derrière la redevance initiale forfaitaire (droit d'entrée, formation...) et les redevances récurrentes (marque, assistance, communication...)

« La chose peut être perçue comme une "boîte noire", où les redevances sont un peu des fourre-tout », note l’expert. Sans compréhension claire des postes de dépense et de leurs contreparties, la relation avec le franchiseur peut rapidement se tendre. D'où la nécessité de le questionner, dans une logique de partenariat contractuel assumé, source d’une indispensable intelligence collective, aussi.

Une relation d’adulte à adulte

Malgré les discours convenus, où certaines enseignes vous expliquent que vous entrez désormais dans une "grande famille", gardez la tête froide. « Comme le dirait un dirigeant de réseau, je n'envoie pas de factures de redevances à ma famille en fin de mois ! », rappelle avec humour le consultant en réseaux.

De manière pragmatique, la franchise repose sur un contrat, des engagements réciproques et une exigence de transparence.

Avant que le DIP vous soit envoyé, vous devez avoir clarifié le rôle de chacun, le contenu des redevances et le niveau réel d'accompagnement. Une relation saine commence par des attentes factuelles et bien posées.

Les angles morts financiers du projet, au-delà de l’apport personnel

Si l'apport personnel est souvent mis en avant dans la communication des enseignes, la solidité financière du projet va bien au-delà.

L'apport comme filtre, mais pas comme seule boussole

L'apport est un indicateur indispensable pour bénéficier du levier bancaire ensuite. C’est donc aussi un filtre qui embarque toute une logique financière derrière.

« En tant que candidat, vous devez raisonner en capacité financière globale, en 'tout compris' », rappelle Clément Trochu. Elle inclut votre besoin en fonds de roulement, vos charges de démarrage, mais aussi le matelas de sécurité personnel qui vous permettra de tenir et de vivre sans stress inutile.

Ne jamais tout risquer sur un seul projet

Engager l'intégralité de son épargne dans un projet entrepreneurial est rarement une bonne idée, surtout avec des contraintes familiales fortes. « N’y mettez pas toutes vos billes : c'est le raisonnement que tiendrait, au-delà de l'investisseur, n'importe quel bon père de famille. », glisse Clément.

Car si une tension de trésorerie survient, elle génèrera une charge mentale importante. Ce qui, par ricochet, pourra impacter votre moral du dirigeant, la bonne application du concept, et même la relation avec votre franchiseur. « Souvenez-vous qu’un franchisé en difficulté financière consomme aussi davantage de ressources d'accompagnement de la tête de réseau, créant un cercle vicieux. », analyse Clément.

Anticiper les vrais postes de dépense

Certaines enseignes rivalisent d’attractivité en limitant le montant d’apport personnel demandé. Mais leur modèle implique ensuite d’autres investissements que ce soit en travaux, en équipements ou en stock. Le franchiseur doit absolument rendre lisible la structure de l'investissement dans son concept, corporel comme incorporel.

Pour sécuriser l'ensemble du projet, notre consultant recommande de faire valider son montage financier par un courtier en amont. « Cela conditionne la recherche du local et la mobilisation de nombreuses ressources. C’est pourquoi chez Franchise Board nous travaillons avec les pôles bancaires, et avons référencé des courtiers partenaires. »

Un projet de franchise se juge sur sa solidité financière globale, pas uniquement sur le ticket d'entrée. Anticiper la trésorerie, c'est vous donner le carburant pour durer !

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Étude de marché et réalité locale : quand le modèle rencontre le territoire

Même avec un concept éprouvé et un réseau solide, le succès d'une franchise se joue localement. Mais si rigoureuse soit-elle, l'étude de marché est un outil théorique qui ne garantit pas votre performance commerciale future.

L’Étude de marché : un outil, pas une certitude

L'étude de marché reste indispensable, mais elle demeure un modèle théorique. « La carte n'est pas le territoire : flux mal mesurés, évolutions urbaines, comportements clients, de nombreux paramètres peuvent jouer. », assure Clément Trochu.

A ses yeux, ce support reste un outil géomarketing qui, en tant que tel, dépend d'un modèle mathématique. « Si par la suite les autorités prennent une décision modifiant les conditions de commercialité, comme des travaux de voirie devant votre commerce, les meilleures prévisions du monde deviennent caduques. »

D'où l'importance de compléter l'étude de marché par une observation fine du terrain. « Je recommande de bien sentir votre zone. Prenez le temps de bien observer la clientèle, ses habitudes d’achat, et effectuez des comptages de flux à différents moments de la journée. »

Gare à la survente et aux projections irréalistes

Certains franchiseurs raisonnent de manière ‘périscopique’ dans leur stratégie de maillage, sans bien connaître les spécificités locales des zones qu’ils commercialisent. Un enthousiasme excessif peut les conduire à des projections irréalistes, surtout dans des villes de taille moyenne.

Mais le biais vient aussi du candidat lui-même, qui extrapole à partir de la santé d'autres sites franchisés. « Il est tentant de vouloir vous rassurer avec le 'top 10' du franchiseur. Mais gare aux déconvenues si vous vous établissez dans une ville animée par d’autres types de flux. »

Si l’étude de marché est un élément de réassurance, qui sera aussi apprécié dans votre dossier de financement, complétez-la par des vérifications personnelles.

Le facteur humain : résilience et équilibre personnel

Au-delà des projections financières et de la solidité du concept, la réussite d'une franchise repose sur des dimensions plus intimes, souvent négligées : la capacité à tenir sur la durée, l'adhésion de l'entourage, la résistance au stress. Ces ressorts « invisibles » sont pourtant aussi déterminants dans votre lancement et votre réussite.

Un projet qui engage aussi l'entourage

Au-delà des compétences et du financement, la dimension familiale peut encore comporter des angles morts. « Il est logique et crucial que le projet ait été partagé avec l'entourage proche, tant il peut avoir d’impact sur la vie personnelle et de famille », pose Clément Trochu.

Or, si vous voulez atteindre votre point mort dans les vingt-quatre mois suivant votre lancement, cela demande un engagement fort. Facteur de stress, cette période peut occasionner des absences répétées, le report ou le sacrifice de certaines vacances, voire perturber la gestion des enfants...

Sans préparation ni anticipation avec votre conjoint ou partenaire, les conséquences peuvent être dommageables et par exemple déboucher sur des séparations et des divorces. D'où l'importance, pour le franchiseur, de « questionner systématiquement ses candidats sur l'adhésion de leur entourage au projet, qu'ils entreprennent en solo, en couple, en couple d’associés ou entre associés », énumère notre expert.

In fine, demandez-vous toujours si, au regard des bénéfices escomptés, un secteur passion ou attractif, et un investissement conséquent justifient bien ces conséquences et ces risques ?

Résilience et discipline : les compétences invisibles

Au-delà des qualités traditionnellement demandées, d’autres font souvent la différence. « Il y a tout d’abord la capacité à appliquer les process de l'enseigne sans vouloir les remettre en question ou les tordre », cite en premier Clément Trochu.

Viennent ensuite la capacité d’adaptation, de rebond voire la résilience du franchisé. Même si tout est bien huilé, chaque jour peut apporter son lot d'impondérables : une absence, un retard de livraison, un incident divers. « Si vous êtes tenté d'abandonner à la première contrariété, alors la franchise et l’entrepreneuriat plus généralement ne sont peut-être pas faits pour vous ! », prévient-il sans détour.

Enfin, faites preuve d’application, de constance et d’une vraie discipline dans l’exploitation du concept. Clément relève ainsi que les multi-franchisés et pluri-franchisés en réussite partagent cette caractéristique : « Ils sont persévérants, réguliers et dans une application disciplinée des recettes, sans ego. Car leur enjeu n'est pas là mais dans la création de valeur. » Une constance qui garantit le succès sur le long terme, plus que le talent ou l’envie d’innover à votre échelle.

Avant de signer, partagez votre projet à votre entourage et assurez-vous de son soutien. Interrogez-vous honnêtement sur votre capacité à appliquer des process sans les dénaturer, et à encaisser les imprévus sans flancher. La franchise récompense la constance, pas l'ego.

Ouvrir une franchise n'est ni un placement financier passif, ni une reconversion bien commode. C'est un véritable projet entrepreneurial, exigeant, engageant et transformateur, qui demande lucidité, préparation et alignement personnel. Les candidats qui réussissent ne sont pas ceux qui idéalisent le modèle, mais qui en comprennent toutes les contraintes avant de s'engager. Si la franchise offre un cadre puissant, il faut y entrer en adulte responsable, conscient de ses responsabilités et de ses limites. Candidats motivés, nous espérons que vous garderez à l’esprit tous les points abordés dans cet article. Et avant de rencontrer physiquement les franchiseurs, venez explorer nos réseaux en parcourant l’Observatoire de la Franchise pour établir votre shortlist et préparer vos dossiers de candidature !

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Nicolas Coutel
Conseil éditorial - rédacteur
Nicolas Coutel

Conseil éditorial depuis 2017, Nicolas Coutel dispose de quinze ans d’expérience en marketing et communication - dont 10 ans chez Mazars où il a contribué au développement d’une offre de service à destination des réseaux de franchise.

C’est sur cette base qu’il décide de créer son activité, pour se consacrer à l’écriture de contenus pour les enseignes et leur écosystème de conseils.

Titulaire d’une maîtrise en droit public, Nicolas est également diplômé du programme Grande Ecole de Neoma Reims et d’un Master 2 en Sciences de gestion. Féru de développement personnel, il est aussi titulaire d’un certification en coaching professionnel.

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